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Les déchets en plastique se transforment en nano particules dans les océans

Une étude conduite par l’équipe Expédition 7ème continent.

Publié le 03/03/2016 à 05:21
Avec les déchets en plastique qui se retrouvent massivement aujourd’hui dans les océans, se posent de multiples questions. Cette matière plastique est de fait de plus en plus ingérée par des organismes vivants sans que l’on ne connaisse encore bien les conséquences de cette consommation. S’ajoute à cela une difficulté grandissante pour récupérer les déchets en plastique car ils se fragmentent progressivement en nano particules de plastique, selon les dernières recherches conduites par l’équipe Expédition 7ème continent.

Patrick Deixonne, fondateur et chef de mission de Expédition 7ème contient et Alexandra Ter Halle, responsable scientifique de l’association, viennent de présenter une première étudie scientifique sur ce phénomène : « MARINE PLASTIC LITTERS : THE UNANALYZED NANO-FRACTION ». Ce document a été publié dans la revue Environnemental science : nano de la Royal society of chemistry.
 
« Après 2 années de recherches en Atlantique Nord, nous savons que le 7ème continent est une soupe de plastique composée de plusieurs millions de micro débris de plastique. Ces débris ne font pas plus d'un demi-centimètre.
 
Une étude récente (M. Eriksen, PlosOne 2014) estime qu'au total 5 mille milliards de particules flottent dans nos océans. Des chercheurs ont également estimés (Jambeck, Science 2015) que sur les 300 millions de tonnes de plastique produites dans le monde chaque année, 8 millions de tonnes finissent piégées dans les gyres sub-tropicaux. Pire encore, ces travaux estiment qu'en 2025 ce chiffre sera multiplié par 10 ; soit 80 millions de tonne de plastique déversées chaque année dans les océans.
 
Les débris de déchets plastiques de près d'un demi-centimètre appelés micro plastiques ont le plus attiré l'attention des chercheurs ces dernières années. Les micro plastiques résultent de la fragmentation des déchets plus gros.
 
En mer les déchets en plastique se cassent sous l'effet du rayonnement solaire et de l'abrasion par les vagues. Nous ignorions dans quelle mesure ce processus de fragmentation se poursuivait car la fragmentation des micro plastiques conduit à des particules microscopiques qui sont extrêmement difficiles à collecter, à identifier et comptabiliser.
 
APRÈS LES RÉCENTES INFORMATIONS SUR LES MICRO PARTICULES DE PLASTIQUE CONSTITUANT LE 7E CONTINENT, NOTRE NOUVELLE ÉTUDE PROUVE LA FORTE CAPACITÉ DE FRAGMENTATION DES DÉCHETS PLASTIQUES EN PARTICULES NANO MÉTRIQUES.
 
Nos chercheurs ont soumis les échantillons de micro plastiques collectés en Atlantique Nord par Expédition 7e Continent à un rayonnement solaire artificiel et ont rapidement observé une fragmentation des particules micrométriques en particules nano métriques.
 
Les micro particules de plastique trouvées dans le 7e Continent se dégraderaient en nano particules
30 000 fois plus petites que l'épaisseur d'un cheveu.
 
Nos chercheurs prouvent ainsi que la soupe de plastique du 7e Continent ne disparaît pas, mais qu'elle se fragmenterait Ces nanoparticules sont plus mobiles que les plus gros fragments et seraient plus accessibles aux organismes. Il est important de poursuivre les travaux pour évaluer l'impact de ces particules sur les organismes vivants.
 
De plus, les résultats de cette étude confirment la complexité des projets de ramassage en mer et l'importance de se mobiliser à terre pour changer les comportements afin d'éviter que ces déchets de plastique ne se trouvent dans la nature.
 
L'ENJEU DE CES NANO PLASTIQUES EST LIÉ À LEUR SURFACE SPÉCIFIQUE.
 
En partant du postulat qu'une particule de plastique de quelques millimètres se fragmente en nano particules, une seule particule millimétrique peut former 1000 milliards de nano particules. Ainsi la surface totale de cette particule est multipliée par plusieurs dizaines de milliers.
 
En sachant que la répartition des déchets plastiques dans l'océan est évaluée à plusieurs millions de km2, et considérant l'échelle nanométrique, cette surface spécifique s'élève à plusieurs milliards de km2, recouvrant ainsi en équivalence plus que la totalité de la surface de l'océan.
 
Une étape dans le devenir des plastiques en mer est franchie, ouvrant la porte à l'étude des impacts que peuvent avoir ces particules sur l'ensemble du monde marin. »

 
Julien Gigault, chercheur au CNRS et auteur de l'étude précise que « les nanoparticules, fer de lance des nanotechnologies, sont souvent étudiées et encensées pour leurs propriétés extraordinaires et la révolution technologique qu'elles représentent. Elles repoussent nos connaissances sur le fonctionnement de la matière et de notre environnement. Néanmoins les nanoparticules peuvent également être produites de manière non-intensionnelle par l'Homme et ses activités dont les rejets plastiques font malheureusement partie. Comme pour tout objet qui se dégrade, notre intuition nous a amenés à se demander si ces débris peuvent également produire des nano-débris. Nous nous sommes alors confrontés au challenge de la détection et de la caractérisation de nanoparticules directement dans le milieu d'étude. Nous avons donc décidé de relever le défi en développant, en partenariat avec la PME Cordouan Technologies, un réacteur permettant de mettre en évidence l'apparition de nano-plastiques sous rayonnement solaire.»
 
Alexandra Ter Halle, chercheur IMRCP-CNRS et responsable scientifique de l’association, explique qu'« il n'avait encore jamais été mis en évidence la présence de nano particules sur le 7e Continent. Mais ces travaux en laboratoire, à partir d'échantillons collectés dans le gyre de l'Atlantique Nord, démontrent que les micro plastiques qui sont déjà très dégradés après un séjour prolongé en mer peuvent produire des particules nanométriques.
Il reste encore beaucoup de travail pour détecter ces particules dans le milieu naturel ou pour évaluer la toxicité potentielle de ces nano particules.»

 
De son côté, Patrick Deixonne, fondateur et chef de mission de Expédition 7ème contient assure que « cette étude renforce notre connaissance sur le 7e Continent : elle permet aux scientifiques d'identifier de manière certaine un maillon de la chaine de dégradation du plastique et permet de mieux sensibiliser le grand public sur le devenir de nos déchets. Elle conforte notre idée qu'une fois dans les océans les solutions de ramassage des déchets sont technologiquement inadaptées. Cela renforce notre volonté d'agir en amont par la sensibilisation, la pédagogie et la mise en place de solutions pour éviter que nos déchets plastiques rejoignent inévitablement l'océan.»

(Crédits photos : CC BY 2.0 - Dominique Garcin-Geoffroy)

extrait

Sensibles à la protection de la nature et de l'environnement, nos sociétés le sont aussi au traitement des déchets, contre-partie de la surabondance, d'un excès qui mobilise des images de cloaque en constante expansion.Mais l'envahissement ne tient pas seulement à la production accélérée du déchet ; ce dernier résiste de plus en plus à son élimination.

Auteur : Dominique Lhuilier (Auteur)

Traducteur :

Editeur : desclee de brouwer

Genre : déchets

Langue : français

Date de parution : 28/04/2000

Total pages :