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Numérique et réforme des programmes : les éditeurs scolaires soumis à rude épreuve

Deux révolutions à attaquer de front.

Publié le 26/06/2015 à 10:32

Durant les prochains mois, les éditeurs scolaires vont se retrouver à devoir faire face à deux révolutions en même temps : celle du numérique et celle de la réforme des programmes, du primaire au collège. Voilà une situation compliquée à gérer pour un secteur qui a souffert précisément de l’absence de réformes pendant plusieurs années.

 

Un secteur sinistré par des années d'austérité

 

Selon les chiffres du Syndicat nationale de l’édition (SNE), après une baisse de 4,0% des ventes en valeur en 2012, c’est un recul de 13,1% qu’ont dû affronter les éditeurs en 2013. « En volume, la baisse est plus mesurée à -4,7%. Les segments les plus touchés sont le secondaire qui affiche une très forte baisse de 34,4% en valeur et le préscolaire et le primaire qui reculent de 3,4% en valeur. » 2014 aura été une nouvelle année difficile à surmonter.

 

Si le défi du numérique est engagé depuis longtemps par les professionnels de l’édition scolaire, bien décidés à ne pas se laisser damer le pion par de nouveaux acteurs, il est nécessaire, pour lancer les travaux d’élaboration des nouveaux manuels, d’attendre la publication des textes officiels.

 

Or ces derniers ne seront définitivement arrêtés que tardivement, à l’automne prochain, alors que les programmes entreront en application dès la rentrée 2016. Le défi est d’importance donc, pour ne pas dire crucial, pour les éditeurs scolaires, avec un marché qui représente en France 372,4 millions d’euros, soit 12,6% des ventes de livres, toujours selon les chiffres du Syndical national de l’édition (SNE).

 

La question du financement des nouveaux manuels reste ouverte

 

Autre question qui n’a pas encore trouvé de réponse : quel sera le montant de l’aide de l’Etat pour permettre l’équipement des élèves en nouveaux manuels scolaires ? Les besoins sont estimés à hauteur de 480 millions d’euros par Odile Mardon-Kessel, directrice du département enseignement technique et professionnel de Hachette, rapporte GraphiLine.

 

Quant à l'élaboration des nouveaux manuels, un texte de loi stipule qu’il doit y avoir au moins douze mois entre la publication des textes des programmes et l’entrée en vigueur de leur application, ce qui laisse déjà un peu plus de temps aux éditeurs pour faire le travail de rédaction des ouvrages avec, ensuite, l’envoi des spécimens aux enseignants afin qu’ils fassent leurs commandes avant l’été pour des livraisons qui doivent intervenir avant septembre.

 

Echelonner la mise en oeuvre des programmes : un choix raisonnable 

 

Une solution simple serait d’échelonner l’entrée en vigueur des nouveaux programmes, comme cela se fait presque pour chaque réforme. Mais, comme le changement, ce doit être maintenant, il n’est pas question, à l'heure actuelle, d’une telle longueur de mise en pratique des nouveaux textes. Du moins, le ministère de l'Education nationale n'a pas encore communiqué sur une telle possibilité.

 

Il faut préciser que si l'on s'est focalisé ces derniers mois sur la réforme du collège et de ses programmes, qu'une réforme des programmes a lieu aussi dans le primaire et en maternelle ! C’est seulement dans ce dernier niveau que l’entrée en application se fait dès septembre 2015. Pour l’élémentaire, ce sera en septembre 2016, comme pour le collège. C’est dire s’il y a du pain sur la planche pour les éditeurs scolaires.

 

Les éditeurs scolaires au pied du mur

 

Le ministère de l’Education nationale semble ne tenir aucun compte des réalités matérielles devant lesquelles se retrouvent les professionnels de l’édition scolaire. Comment réaliser autant de manuels de qualité en si peu de temps, du primaire à la troisième, avec, en plus, des changements d’importances à effectuer dans de nombreuses matières ?

 

Rappelons qu’au départ, la refondation de l’école devait s’organiser avec une entrée en vigueur des nouveaux programmes pour la rentrée 2014 pour les maternelles, rentrée 2015 pour le CP, CM1 et 5ème, puis 2016 pour le CE1, CM2 et 4ème, avec, enfin, en 2017, le CE2, la 6ème et la 3ème.

 

En attendant, les établissements scolaires ajournent le renouvellement de leurs manuels

 

Sauf que le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a eu besoin d’un peu plus de temps que prévu pour pondre les nouveaux textes. En attendant, bien entendu, les établissements scolaires retardent tout renouvellement des manuels, comme chacun sait qu’une réforme se prépare.

 

Et cette situation est loin d’être neutre pour l’édition scolaire. Pour 2014, les crédits pédagogiques des collèges publics sont passés à 20 millions d’euros, contre 45 millions pour 2013, selon des chiffres du SNE. Pour 2015, on a même basculé au-dessous des 20 millions. Sur le terrain, de nombreux établissements doivent faire avec des livres scolaires dépassés et usés jusqu’à la corde.

 

Si la réforme des programmes entrent en application sur tous les niveaux, du primaire à la troisième, dès septembre 2016, cela signifie qu’il faudra équiper 3 200 000 élèves. Le SNE évalue le coût à 120 millions d’euros par niveau.

 

Un plan numérique qui se fait attendre

 

Quant au grand plan numérique promis par François Hollande, avec les financements qu’il nécessite, il n’est prévu, aussi, que pour la rentrée 2016. Se pose alors une question simple : comment les éditeurs peuvent-ils, en attendant, financer et structurer leur propre filière d’édition numérique de livres scolaires ?

 

En attendant, de nouveaux acteurs tentent d’occuper le terrain, en proposant d’abord des offres de contenu gratuites en espérant ensuite pouvoir convertir les nouveaux clients en abonnés payants.

 

Entre ressources publiques gratuites et contenu privé payant, il faut choisir

 

Mais un acteur de poids développe aussi ses propres solutions, c’est l’Education nationale elle-même, qui vient ainsi mordre sur le contenu proposé par les éditeurs privés. On ne compte plus les initiatives sur ce plan, d’Eduthèque à D’Col (CNED), en passant par Fondamentaux (réseau Canopé), ou encore English for School (CNED). Et les financements publics suivent pour assurer le développement de ces interfaces.

 

Pour le SNE, il est nécessaire de poser les règles d’une concurrence juste entre édition publique et privée en matière d’édition numérique, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Si le ministère de l’Education nationale soutient le développement de ses propres offres gratuites, il rogne, dans le même temps, sur les crédits pédagogiques dont bénéficient les établissements scolaires.

 

Le numérique éducatif, c'est aussi des enseignants formés et des établissements bien équipés

 

Pour que le numérique éducatif se développe, avec une offre de contenu riche, il faut d’abord continuer de financer l’équipement en matériel des établissements, mais aussi élever les crédits pédagogiques accordés aux établissements, tout en assurant une meilleure formation des enseignants afin qu’ils s’approprient le numérique et ses usages.

 

Le développement du numérique éducatif doit pouvoir se faire tout en sauvegardant le livre scolaire papier comme support. Cet outil de transmission de la culture est souvent le seul à faire son entrée dans de nombreuses familles. Proposer une tablette à chaque élève, ce n’est que dupliquer ce qui existe déjà à la maison. L’ouverture, c’est toujours l’apport de ce qu’on n’a pas, de ce vers quoi on ne serait pas allé tout seul.

 

(Crédits photos : CC BY 2.0 - ActuaLitté)

extrait

Cet ouvrage propose de mettre au coeur de la réflexion et du débat les processus sociaux par lesquels les élèves apprennent ou n'apprennent pas selon les normes scolaires. Embrassant l'ensemble du système éducatif, de la maternelle à l'université, il met en évidence des récurrences dans les scolarités défaillantes : c'est par exemple pour des raisons très semblables qu'on n'acquiert pas les connaissances et compétences nécessaires à la lecture à l'école primaire ou à la dissertation au lycée. C'est aussi parce que,

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Genre : pedagogie pour l'enseignement, concours professorat

Langue : français

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