connaissances

La réforme du collège fait naître des rêves comme des regrets

Chacun y va de son analyse, selon le camp dans lequel il se place.

Publié le 13/03/2015 à 12:01

Le ministère de l’Education nationale vient de dévoiler les grandes lignes de la réforme du collège unique (voir notre article). Si ce maillon faible de l’enseignement en France n’est pas bouleversé en profondeur, il est tout de même suffisamment transformé pour donner de nombreux espoirs au camp des réformistes.

 

Ces derniers, que l’on a souvent tendance à assimiler aux pédagogues, estiment que le projet présenté amène des progrès en renforçant la transdisciplinarité et la pédagogie de projet, tout en offrant une seconde langue pour tous dès la cinquième.

 

A l’inverse, les tenants d’un enseignement disciplinaire qui s’en tiendrait aux fondamentaux regrettent que l’on n’aille pas assez loin quand on parle de trois heures de soutien en petit groupe pour les élèves de sixième.

 

Ils déplorent aussi que l’on veuille à tout prix mettre l’accent sur la transdisciplinarité alors qu’on a des élèves qui auraient besoin plus que jamais d’un renfort dans les disciplines dites fondamentales.

 

Ainsi, du côté de SOS Education, la réaction est très négative. Antoine Blondel, responsable des relations parents-professeurs, assurent qu’ « il s'agit de déshabiller les horaires de LV1 (langue vivante 1) pour introduire un peu plus tôt la LV2, et de saupoudrer là-dessus un peu de "transdisciplinarité" et de "pédagogie de projet" sur quelques horaires marginaux, comme cela avait déjà été fait dans les années 1970. »

 

Et de s’interroger ensuite, « alors que le collège produit un million d'illettrés par quinquennat, que 140 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans aucune qualification, pouvons-nous nous contenter de ces quelques mesures-gadgets ? N'est-il pas urgent d'interpeller les responsables politiques sur les vraies priorités en matière d'éducation, de fixer un cap ambitieux, et de s'y tenir ? »

 

Il ajoute que « depuis des décennies, l'Éducation nationale n'a cessé de rogner sur les heures d'enseignement du français. Un élève actuel a reçu, à la fin du collège, 800 heures de cours de français en moins qu'un élève de la génération de ses parents !

 

On a en parallèle soigneusement sabordé l'enseignement des ‘humanités’, au profit d'une conception utilitariste de l'éducation consacrée par la fameuse ‘pédagogie des compétences’. On touche le fond avec la réforme présentée ces jours-ci, qui enterre définitivement l'enseignement du latin et du grec.

 

Et que dire de l'enseignement de l'histoire de France, creuset de notre communauté de destin, remplacé par un boniment mondialiste émaillé de culpabilités mémorielles ? […] Le résultat est là : dans les collèges de zones d'éducation prioritaire, l'illettrisme touche désormais 58% des élèves... et le Ministre propose de réduire encore les heures de français ! »

 

Pour la Ligne de l’enseignement, le son de cloche est bien différent et l’on trouve, dans un communiqué, que, par cette réforme, « Najat Vallaud-Belkacem réaffirme le principe d'un collège unique au service de la réussite éducative de tous. Nous partageons évidemment cette ambition et la volonté de refonder un collège aujourd'hui peu efficace pour assurer à tous la maîtrise d'un socle réellement commun, véritable ‘zone de tri’ du lycée et qui amplifie les inégalités sociales. »

 

Et d’ajouter que « pour éviter un tri précoce par l'échec et tenir compte des spécificités de chaque élève, la réforme propose de sortir d'une approche exclusivement disciplinaire, et de pratiques d'évaluation qui pénalisent particulièrement les élèves les plus fragiles. Le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, centré sur les acquis des élèves, doit ainsi inspirer une nouvelle approche des contenus et des disciplines, et le développement de pédagogies interdisciplinaires et mieux adaptées à la diversité des élèves. À cet égard, la création des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) constitue une concrétisation intéressante de ces ambitions.

 

La marge de manœuvre de 20 % du temps consacré à de nouvelles modalités d'enseignement est un pari qui suppose l'accompagnement et le renforcement des logiques locales d'équipes et de projets. C'est un levier essentiel qui ne doit pas remettre en cause le principe d'une scolarité commune et doit encourager de nouvelles pratiques pédagogiques de différenciation : accompagnement personnalisé, travail en petits groupes... »

 

En conclusion, la Ligue de l’enseignement appelle  à « travailler sur l'ouverture du collège sur son territoire et de renforcer ses liens avec les familles notamment. Le renforcement d'une réelle continuité entre le primaire et le collège via la mise en œuvre d'un nouveau cycle 3, la possibilité d'ouverture du collège (y compris en dehors des heures de cours) afin d'accueillir les partenaires de la communauté éducative locale, la lutte contre la ‘ghettoïsation’, constituent ainsi des pistes essentielles à développer. »

 

(Crédits photos : CC BY 2.0 - David Schott)

extrait

"Il leur faudra vivre l'humiliation d'être, sur un plan scolaire, de vrais incapables.

Auteur :

Traducteur :

Editeur : francois-xavier de guibert-oeil

Genre : pedagogie pour l'enseignement, concours professorat

Langue : français

Date de parution :

Total pages :