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Pierre Frackowiak veut en finir avec le concept de « bonnes pratiques »

L’inspecteur honoraire de l’Education nationale met en avant l’expertise des acteurs de terrain.

Publié le 06/01/2015 à 08:42

Prenant la parole sur le site Educavox, Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l’Education nationale, s’attaque assez vertement au concept de « bonnes pratiques », rapporte ToutEduc. Derrière cette expression couramment utilisée, se cacherait un principe qui ne donnerait pas véritablement de résultats sur le terrain.

 

« En tentant de prouver qu’indépendamment des contextes, il est toujours possible de faire mieux, voire d’avoir des pratiques exemplaires », Pierre Frackowiak juge que « les ministres, de gauche et de droite, et les plus ou moins hauts fonctionnaires se gargarisent facilement. »  

 

Celui qui assurait au sein des Cahiers pédagogiques en 2013 qu’il n’y aura « pas de refondation de l’école sans refondation de l’inspection » ajoute que les réalités qui président au concept de « bonnes pratiques » sont « conformes à une conception classique de la formation selon le modèle applicationniste, parfois modernisé en apparence par un temps donné à l’analyse des pratiques en formation.

 

Les critères restent cependant classiques, indépendants de la personne qui agit et de son histoire, des raisons profondes de ses choix professionnels. Elles sont conformes au mythe gestionnaire qui s’est fortement développé, avec un autoritarisme sans précédent, au cours des années 2007/2012. Elles n’ont nullement été remises en cause avec l’alternance.

 

Evaluations qui n’en sont pas (il ne s’agit que de contrôles à court terme), feuille de route injonctive ou contrat unilatéral de réussite, pas d’analyse à égalité – c’est-à-dire non hiérarchique -, des pratiques qui produisent au moins partiellement les résultats et des contextes, remédiation qui ne s’attache pas aux causes les plus profondes, évaluation, comparaison statistique avec les résultats moyens à plus grande échelle, nouvelle feuille de route, contrôles. Chacun sait que ce modèle invite toujours à la triche ou au détournement pour sauver les apparences et répondre aux attentes des échelons de la pyramide. »

 

Alors pour échapper au conservatisme actuel et mettre en œuvre une véritable refondation de l’école, Pierre Frackowiak donne quelques pistes. On pourrait ainsi y parvenir en :

 

- Faisant confiance aux enseignants au lieu de juger, d’imposer de fait, de sanctionner, de promouvoir des « bonnes pratiques » qui stigmatisent les autres.

 

- Accompagnant les enseignants dans leurs tâtonnements, recherches, réflexions, faisant le pari de l’intelligence plutôt que celui de la soumission, en tenant compte des personnes, de leurs opinions, de leur histoire, de leurs savoirs initiaux, de leurs convictions, de leurs engagements

 

- Développant la recherche sur le rapport réel entre les résultats et les pratiques qui les produisent, en n’oubliant pas les contextes et les circonstances

 

- Privilégiant toujours les finalités, les objectifs généraux, transversaux, les savoirs nécessaires à l’éducation du futur, plutôt que les programmes disciplinaires cloisonnés et figés

 

- Inscrivant l’école dans le cadre global d’un projet authentique de territoire et dans la perspective d’une éducation tout au long de la vie

 

- Prenant en considération les ‘tsunami numérique’ (cf Emmanuel Davidenkoff) autrement que pour moderniser en apparence des pratiques sans les changer au fond

 

- Refondant complètement la formation initiale des enseignants et, bien plus encore, la formation continue

 

- Réformant fondamentalement l’inspection et la gouvernance du système (beaucoup plus d’horizontalité, beaucoup plus de mouvement ascendant)

 

- Donnant une place réelle, en aidant financièrement sans porter atteinte à leur liberté, aux mouvements pédagogiques qui sont l’oxygène du système éducatif (ICEM Freinet, CRAP, GFEN, AFL, AGEEM, OCCE, Pédagogie institutionnelle… ) libérés d’éventuelles tutelles hiérarchiques et/ou du conformisme induit par la menace de perdre leurs moyens

 

Alors on développera les ‘bonnes pratiques’ sans les labelliser administrativement,  en redonnant du sens, de l’enthousiasme et du plaisir d’enseigner.

 

Parler de ‘bonnes pratiques’ en évitant soigneusement les ruptures nécessaires relève parfois de la malhonnêteté intellectuelle et contribue, en tout cas, à l’anesthésie généralisée et entretenue du système. » 

 

(Crédits photos : CC BY SA 2.0 - Julien B.)

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