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Dans l’Education nationale, les élections professionnelles approchent

Et pourtant, les futurs votants ne semblent pas des plus intéressés.

Publié le 13/11/2014 à 08:12

Pour la deuxième fois, les élections professionnelles au sein de l’Education nationale se feront par vote électronique. Quand ce système avait été introduit en 2011, de nombreux syndicats avaient fait part de leur désaccord, redoutant un nouvel effondrement du nombre de votants. Cela n’avait pas manqué, en effet, avec une participation qui n’avait pas dépassé les 40 %. C’était loin des 61 % de 2008.

 

Mais c’est aussi une tendance plus générale de désaffection vis-à-vis des syndicats. La France compte aujourd’hui moins de deux millions de syndiqués parmi les 22,5 millions de salariés. Le taux de syndicalisation approche les 7 %. La CGT, principale centrale syndicale comptabilisait en 1948 4 millions d’adhérents. C’est moins de 700 000 aujourd’hui (voir notre article).

 

Du 26 novembre au 4 décembre, les élections professionnelles seront donc ouvertes dans l’Education nationale. Ce scrutin permet de désigner les délégués des personnels au sein des CAP (commissions administratives paritaires) nationales (CAPN), académiques (CAPA) et départementales (CAPD), et, depuis 2011, les représentants des personnels au sein des comités techniques (CT) académiques et ministériels.

 

En 2011, la FSU (avec le SNES et le SNUipp) avait obtenu plus de 40 % des suffrages, loin devant l’UNSA, avec près de 21 %, et FNEC-FP-FO, à 10 %, comme le Sgen-CFDT. Reste à savoir si ces élections vont bouleverser l’ordre établi.

 

Mais, pour l’instant, il s’agit déjà d’arriver à faire voter les personnels, ce qui est loin d’être acquis. Seulement 200 000 « espaces électeur » ont été ouverts à quinze jours du vote, rapporte le Café pédagogique. C’est-à-dire l’espace d’un électeur sur six. Et pourtant, ce ne sont pas les appels au vote qui manquent.

 

Les mails émanant des différents syndicats affluent dans les boîtes mails professionnelles, parfois ad nauseam, ce qui peut aussi introduire une crispation chez les destinataires qui se sentent un peu envahis. Certains se plaignant même que l’Education nationale ait ouvert ainsi librement l’accès des syndicats à toutes les adresses mails professionnelles.

 

De leur côté, les syndicats dénoncent un système de vote électronique trop complexe et qui pousse donc à l’abstention. Il faut d’abord ouvrir sur Internet son espace électeur en se créant un mot de passe unique. Mais cette procédure implique d’utiliser son adresse professionnelle. Or seuls 60 % des personnels en ont une utilisation régulière…

 

Pour voter, il faut ensuite utiliser son identifiant électeur, soit un code de 16 lettres et chiffres transmis par chaque établissement à leurs personnels. Dans une période où les syndicats enseignants peinent à mobiliser, les résultats seront à suivre de près.

 

Malgré la baisse globale du nombre de syndiqués en France, l’Education nationale reste un bastion fort, avec presque 30 % de syndiqués. Cependant, en la matière, il est très difficile d’avoir des chiffres. Les grandes centrales syndicales que sont le Sgen, la FSU et l’UNSA ne communiquent d’ailleurs plus trop le nombre de leurs adhérents, dans lesquels les retraités représenteraient au moins 10 % des syndiqués.

 

Dans la Lettre Trésor-Eco de mai 2014 du ministère de l’Economie, différentes explications étaient apportées à la faille qui se creuse entre salariés et syndicats dans l'Hexagone :

 

« La faiblesse du taux de syndicalisation français peut s'expliquer par différents facteurs :

- le poids des organisations syndicales salariées dans la négociation collective ne dépend pas du nombre de leurs adhérents mais de leurs résultats aux élections professionnelles ;

- l'adhésion à un syndicat n'apporte que peu de droits et avantages spécifiques aux salariés comparativement à bon nombre de nos voisins européens ;

- le financement des organisations syndicales ne provient pas de façon prépondérante des cotisations payées par leurs adhérents mais principalement de l'État, des employeurs et des organismes paritaires. »

 

(Crédits photos : CC BY 2.0 - Grégoire Lannoy)

extrait

Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, spécialistes français de la question syndicale et de son histoire, animent depuis trente ans un réseau de recherche sur le syndicalisme et les relations professionnelles en France.

Auteur :

Traducteur :

Editeur : gallimard

Genre : syndicalisme

Langue : français

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