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Crise des vocations à l’Education nationale : FO épingle causes et conséquences

Une situation qui ne peut laisser indifférent.

Publié le 15/07/2016 à 02:22
Alors que se termine la session 2016 des concours de l’enseignement, force est de constater que la crise des vocations n’appartient pas encore au passé dans l’Education nationale. De nombreux postes vont encore rester non pourvus faute de candidats venus en nombre suffisant. Devant cette situation, le syndicat FO a tenu à faire ressortir causes et conséquences de ce vaste problème.
 
« Une crise du recrutement qui perdure
 
Dans un communiqué de presse publié en octobre 2015, le ministère s’était félicité que « la priorité donnée à l’Education donnée par le Gouvernement » aurait permis de convaincre une nouvelle génération de faire le choix d’une carrière professionnelle dans l’enseignement. Il avait même annoncé que « le nombre de lauréats [serait en 2016] à la hauteur des besoins de recrutement. » La session 2016 du CAPES et de l’agrégation a cruellement démenti ces affirmations. Plus de 1 354 postes mis au concours n’ont pas été pourvus. En lettres classiques, il n’y a eu que 67 admis sur 87 places offertes à l’agrégation, 68 pour 230 au CAPES. Pour ce dernier concours, 13,88% des postes sont restés non pourvus en anglais, 18,01% en lettres modernes, 20% en éducation musicale, 21,25% en mathématiques, 56,81% en allemand.
 
Les raisons de la crise
 
Cette situation résulte d’abord de la masterisation des concours de l’Education nationale (décret n°2009-913 à 2009-918 du 28 juillet 2009), réforme qui réduit le nombre des étudiants satisfaisant aux conditions d’inscription, réforme à laquelle s’est opposée Force Ouvrière. Les conditions de stage s’avèrent en outre particulièrement dissuasives du fait de la charge de travail écrasante, des exigences souvent contradictoires de l’ESPE, des inspecteurs, de la hiérarchie et d’un certain manque de bienveillance de l’institution.
 
Il est ensuite difficile de ne pas établir de relation entre la refondation du collège et le faible rendement des concours. Les disciplines qui ont eu le plus de mal à recruter des professeurs sont précisément celles qui sont les plus menacées par la réforme : langues anciennes et langues vivantes.
 
La situation enfin est due au manque d’attractivité des carrières de l’enseignement en France. Un professeur recruté au niveau bac+5 est rémunéré à moins de 1,2% du SMIC. D’après les calculs de l’OCDE, la rémunération d’un professeur de lycée débutant était inférieure en 2013 à la moyenne de l’OCDE : 30 651 dollars US par an contre 32 260, quand ses collègues espagnols percevaient 40 752 dollars US, norvégiens 41 177, allemands 61 317 et luxembourgeois 79 920 (Regards sur l’éducation 2015 : Les indicateurs de l’OCDE © OCDE 2015, p.477)…
 
Ce n’est pas la pseudo revalorisation annoncée par le gouvernement à grand fracas qui va rendre la profession plus attractive. Compte tenu de l’augmentation des prélèvements pour pension civile portés de 7,85 % en 2010 à 11,10% en 2020 (décret n°2010-1749 du 30 décembre 2010) les professeurs, à échelon équivalent, gagneront moins en 2020 qu’en 2010.
 
Les conséquences de cette crise
 
Les conséquences de cette situation sont connues.
 
C’est en premier lieu une baisse de la qualité de l’enseignement. Pour pallier le manque de professeurs, l’institution est conduite à promouvoir le modèle de la classe inversée où l’élève apprend chez lui à partir de cours audiovisuels ou informatiques, et se contente en classe de réinvestir ses connaissances, de demander du soutien et d’« interagir. » De même, pour limiter au maximum les redoublements en terminale, les taux de réussite au baccalauréat sont artificiellement gonflés (87,8% en 2015, 88,5% en 2016, toutes séries confondues), et les candidats non admis pourront conserver leurs notes au-dessus de 10 (décret n° 2015-1351 du 26 octobre 2015) et être dispensés d’assister à ces cours.
 
C’est en second lieu une nouvelle dégradation des conditions d’études offertes aux élèves et d’exercice faites à leurs professeurs. Selon l’INSEE, l’effectif moyen des classes de collège était de 23,9 élèves en 2007, et de 24,8 en 2014, celui des divisions de lycée général et technologique est passé dans le même temps de 28,3 à 29,9.
 
C’est en dernier lieu un accroissement de la précarité des enseignants, une partie des postes non pourvus étant confiée à des personnels contractuels. En 2007, l’enseignement secondaire public recourait aux services de 15 004 non titulaires, en 2014 il en employait 25 988 (DEPP, Repères et références statistiques 2015, p.297). Cette augmentation de 73,2 % prouve combien a été inefficace le plan de résorption de l’emploi précaire dans la fonction publique (lois n°2012- 347 du 12 mars 2012 et n°2016-483 du 20 avril 2016).
 
Le nombre des lauréats des concours 2016 démontre, s’il en était encore besoin, que le discours officiel sur la création de postes s’apparente à un numéro d’illusionniste : une bonne partie des postes annoncés restant purement virtuels, au final, les recrutement permettent à peine de compenser les départs à la retraite.
 
Le SNFOLC demande de vraies créations de postes, ce qui passe par une vraie revalorisation de la rémunération des professeurs afin de recruter les enseignants nécessaires pour transmettre de vrais savoirs et donner aux élèves les moyens d’une vraie réussite. »

(Crédits photos : CC BY 2.0 - MIKI Yoshihito)
auteur

   

extrait

Les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) ont été créés en 1991. Cet ouvrage revient sur les circonstances de leur naissance et retrace la mise en place de la formation actuelle des enseignants, que ces nouveaux instituts abritent désormais. Parmi ces futurs enseignants, on découvre les professeurs des écoles venus se substituer progressivement aux instituteurs. S'appuyant sur une approche narrative et biographique, l'auteur les a suivis jusqu'à l'installation au premier poste, découvrant comment

Auteur : Agnès Guillot (Auteur)

Traducteur :

Editeur : harmattan

Genre : instituteurs et institutrices

Langue : français

Date de parution : 22/05/1998

Total pages :