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Enseignement supérieur : le compte n'y est toujours pas

L’annonce d’une hausse de 165 millions d’euros ne convainc pas.

Publié le 08/10/2015 à 12:08

L’augmentation continue durant ces dernières années du nombre d’étudiants accueillis par les universités françaises pose un problème considérable de moyens. Si les facs arrivent à maintenir un fragile équilibre financier, c’est souvent au détriment de l’entretien et de la rénovation des locaux.

 

Cette situation a poussé le gouvernement à annoncer 165 millions d’euros supplémentaires pour l’Enseignement supérieur dans le cadre de la présentation du Projet de Loi de Finances 2016. Cependant pour le Sgen-CFDT, le compte n’y est toujours pas.

 

Dans un communiqué, ce syndicat « tire la sonnette d'alarme et appelle les personnels à se mobiliser le 16 octobre, pour réclamer des conditions de travail et d'études décentes pour tous.

 

En effet, depuis 4 ans le nombre d'étudiants dans les universités ne cesse de croître avec, pour la seule année 2015, un nombre record de 65 000 étudiants supplémentaires. Dans le même temps, le budget de l'Enseignement supérieur a stagné ou même baissé si on le rapporte au nombre d'étudiants inscrits.

 

Il en est de même pour les emplois qui, malgré les 1 000 créations annoncées par an depuis 2012, ont diminué de 2,16 % entre 2008 et 2013. Au total, ce sont près de 700 emplois pérennes qui ont, en fait, disparu entre 2012 et 2014. Par contre l'emploi précaire, lui, ne cesse d'augmenter pour atteindre 60 % dans certains laboratoires.

 

Le désengagement de l'État dans l'Enseignement supérieur et la Recherche provoque une dégradation constante des conditions de travail des personnels et touche aujourd'hui la qualité même du service rendu aux étudiants.

 

La hausse des effectifs dans les groupes de travaux dirigés (TD) et travaux pratiques (TP), la difficulté de mettre en place un suivi individualisé en raison du nombre très élevé d'étudiants par enseignant, la baisse des volumes horaires des maquettes de formation, le gel massif de postes pèsent lourdement sur les enseignants et enseignants-chercheurs, mais ce sont bien tous les personnels, enseignants, enseignants-chercheurs et personnels des bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens de service et de santé (BIATSS) qui doivent prendre en charge les arrivées massives d'étudiants avec le même nombre d'agents.

 

Ainsi, les personnels des services de scolarité sont submergés par l'afflux d'inscriptions, les piles de dossiers administratifs à renseigner ; les agents d'entretien doivent jongler entre les emplois du temps de salles qui, en nombre insuffisant, ne sont jamais libres pour en permettre le nettoyage ; les services informatiques n'arrivent plus à faire face aux demandes toujours plus nombreuses des personnels qui développent l'usage du numérique pédagogique ; les personnels des Crous subissent de plein fouet restructurations et politiques drastiques d'économie. La sécurité des bâtiments universitaires atteint par ailleurs dans certaines villes la cote d'alerte, faute pour les établissements de disposer des moyens de les maintenir en état ou, a fortiori, de les rénover.

 

Partout, la situation est au bord de la rupture. Déjà des étudiants se mobilisent pour protester contre leurs conditions d'accueil et d'études, comme ce fut le cas récemment des étudiants de sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), et le Sgen-CFDT a soutenu les revendications portées par la FAGE, car elles rencontraient celles des personnels.

 

De même, à l'ESPE de Nantes, les étudiants et les personnels ont dénoncé le manque d'enseignants, les effectifs des groupes trop lourds... Le Sgen-CFDT rappelle son engagement auprès des personnels mais aussi des étudiants pour contribuer à améliorer leurs conditions de travail et d'études.

 

Il demande une augmentation immédiate de 500 millions d'euros pour le budget de l'enseignement supérieur (programme 150), afin de prendre en charge dans de bonnes conditions les 65 000 étudiants supplémentaires. Il demande la garantie que les prélèvements sur les fonds de roulement cesseront effectivement, en 2016 et 2017. Mais surtout, le Sgen-CFDT demande que le budget voté par les parlementaires soit dans sa totalité distribué aux établissements sans subir les habituels et discrets gels de crédits en cours d'exécution. »

 

Du côté du Snesup, c’est le même son de cloche qui se fait entendre, le syndicat allant même jusqu’à parler d’ « asphyxie » pour qualifier la situation financière de l’Enseignement supérieur.

 

« Après 5 années de gel du point d'indice des fonctionnaires, après des années de baisse du budget de l'enseignement supérieur et de la recherche (ESR) en euros constants, le projet de loi de finance 2016 n'est pas acceptable, assure le Snesup dans un communiqué. L'annonce par le premier ministre de 100 millions supplémentaires au budget de l'ESR est un tour de passe-passe : il résulte de l'effacement de la ponction de la même somme dans les fonds de roulement des établissements d'enseignement supérieur. Ne pas nous faire les poches ne revient pas à nous accorder 100 millions ! La réalité des chiffres apporte un démenti cinglant à la communication gouvernementale :

 

En cette rentrée, la hausse des effectifs étudiants dans l'enseignement supérieur est de 65 000, soit un surcoût non financé de 360 M€ pour les accueillir et de 40 M€ de prise en charge des frais d'inscription des étudiants boursiers.

 

Parallèlement, les dépenses structurelles présentent une hausse tendancielle de 240 M€/an : 130 M€ de hausse de la logistique immobilière - chauffage -, 70 M€ de GVT, 40M€ d'augmentation du CAS pension et de l'inflation. Toute augmentation du budget 2016 inférieure à ce montant (hors augmentation des effectifs) entraîne mécaniquement une aggravation de l'austérité dans les établissements.

 

Enfin, si le gouvernement affiche de nouveau cette année +1000 emplois dans le supérieur, entre 2012 et 2014 -comme l'audit de l'Assemblée Nationale l'a déjà relevé - les établissement ont utilisé cette masse budgétaire pour parer au sous-financement de leur dotation de fonctionnement. En lieu et place des +3000 postes, l'ESR a perdu 688 équivalents temps plein travaillés (ETPT) !

 

Les objectifs de la StraNES sont de diplômer 60% d'une classe d'âge (aux niveaux Licence, Master et Doctorat) et de consacrer en 2025 2% du PIB à l'enseignement supérieur, soit 40 Md€. Cela suppose en 10 ans une progression de 25 Md€, soit 2,5 Md€ par an. Comme le prévoit la loi ESR de juillet 20132, c'est une loi de programmation financière pluriannuelle que le gouvernement doit définir. Avec une hausse « exceptionnelle » de 65 M€ en 2016 (qui n'est pas actuellement dans le PLF mais que le secrétaire d'état affirme vouloir faire passer lors du débat parlementaire), le compte n'y est pas ! Cela ne permettra même pas de financer 50% de la hausse des coûts de chauffage !

 

Le SNESUP-FSU dénonce l'asphyxie de l'Enseignement Supérieur et appelle à participer aux mobilisations interprofessionnelles contre l'austérité le 8 octobre 2015 ainsi qu'à la grève et à la manifestation du 16 octobre 2015 pour un autre budget de l'ESR, la résorption de la précarité et la reconnaissance du doctorat. »

 

(Crédits photos : CC BY SA 2.0 - ESC Saint-Etienne)

 

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Genre : sciences (généralités)

Langue : français

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